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L’Hôtel du Cap-Eden-Roc : là où le luxe et la gastronomie deviennent une émotion – Sébastien Broda & Tarek Ahamada, les artisans d’une expérience d’exception

Voilà un lieu qui pourrait réunir à lui seul tous les superlatifs : mythique, iconique, unique, historique. Depuis 1870, l’Hôtel du Cap-Eden-Roc fait partie de l’histoire et de la renommée mondiale de la Riviera, il incarne cet art de vivre, cette élégance intemporelle et ce raffinement qui ne semblent exister nulle part ailleurs. À la tête de cette formidable partition culinaire, le chef exécutif Sébastien Broda et le chef pâtissier Tarek Ahamada, épaulés par leurs talentueuses équipes, orchestrent avec une précision rare, une sincérité profonde et une bienveillance communicative l’ensemble des offres gastronomiques de la maison : Le Grill, l’Eden-Roc Restaurant au déjeuner, le restaurant gastronomique étoilé Louroc au dîner, sans oublier Giovanni’s, la table conviviale et presque cachée aux accents transalpins qui complète avec justesse cette formidable palette gourmande.

Un refuge unique

L’Hôtel du Cap-Eden-Roc est bien davantage qu’un palace : c’est une légende internationale de l’hôtellerie de luxe, une adresse mythique dont l’aura traverse les générations. Avec son architecture intemporelle, évoquant un château de la Loire posé face à la Méditerranée, il incarne un art de vivre inimitable, entre élégance souveraine et discrétion absolue. Véritable « Ritz des mers » connu dans le monde entier, il est loin de se réserver aux seuls initiés qui y séjournent une nuit ou quelques semaines. Il s’ouvre pleinement à une clientèle extérieure d’épicuriens, d’amoureux de l’élégance et des belles choses, venus vivre, le temps d’un déjeuner, d’un dîner, d’un soin ou tout simplement d’une journée de rêve, l’expérience incomparable de cette adresse d’exception.

Par sa seule situation géographique, l’établissement est déjà un refuge hors du commun. Niché à l’extrémité du Cap d’Antibes, il cristallise tous les rêves et tous les fantasmes. Tout commence, en effet, par le chemin qui y conduit : la route épouse les courbes de ce paysage côtier si singulier avec une élégance presque théâtrale. Tantôt suspendue au-dessus de la Méditerranée, tantôt dissimulée sous la voûte parfumée des pins parasols, elle s’élève lentement, laissant derrière elle le tumulte du monde, elle embrasse le relief avec une infinie délicatesse, serpentant entre les murs de pierre sèche, les jardins secrets et les immenses propriétés dissimulées. Ici, les villas légendaires se devinent davantage qu’elles ne se montrent, derrière chaque portail semble dormir une histoire romanesque et chic, derrière chaque haie de cyprès se cache peut-être une villa où un prince, un peintre, un écrivain ou une actrice sont venus chercher, un temps, un peu de cette lumière incomparable. La réalité d’aujourd’hui est souvent celle des grandes fortunes internationales, attirées par cette aura, cette douceur du climat et cet art de vivre unique. Le silence lui-même semble avoir trouvé refuge sur ce promontoire baigné de lumière. La route du Cap d’Antibes ne se traverse pas, elle se savoure. À mesure que l’on approche de l’hôtel, le paysage semble suspendre le temps, comme si chaque virage préparait le visiteur à pénétrer dans un lieu où la réalité rejoint peu à peu la légende.

Un monde s’ouvre à vous

Puis vient l’instant tant attendu : au détour d’un dernier virage, apparaissent, avec une majesté presque solennelle, deux immenses grilles noires, semblables à celles des plus grands domaines, d’un château inaccessible, comme si l’on pénétrait dans un royaume préservé du temps. Deux entrées, deux allées, deux noms devenus des légendes, mais une même âme : l‘Hôtel du Cap et l’Eden-Roc. D’un côté, la splendeur magistrale du bâtiment, avec sa pierre immaculée et ses toits aux reflets gris bleutés qui semblent prolonger l’azur du ciel, apparaît tel un grandiose décor hollywoodien historique avec cette évidence presque irréelle, de l’autre s’ouvre, comme une cathédrale végétale, une spectaculaire pinède où les pins parasols, diffusant un parfum enivrant de résine, murmurent sous la brise tandis que des milliers de cigales accompagnent votre arrivée de leur concert si méridional. Chaque souffle du vent apporte avec lui une promesse, de douceur et d’insouciance estivale. Votre regard se perd alors jusqu’à la Méditerranée étincelante qui apparaît dans toute sa splendeur, où le soleil frappe la surface de l’eau telle une rivière de diamants dansant au rythme des vagues et de la brise. L’horizon semble ne jamais finir, effaçant toute frontière entre le ciel et la mer. Et que dire de cette royale allée, longue de près de deux cents mètres, qui, depuis 1863, relie avec une majesté presque cérémonielle l’Hôtel du Cap au rivage ? Elle n’est pas un simple chemin, elle est une mise en scène, une lente procession, une villégiature vers cette Méditerranée. Son axe et sa perspective est celle des grandes allées des palais italiens ou des jardins de Versailles. Au bout de cette perspective se dévoile l’Eden-Roc, posé sur la roche comme la proue d’un navire immobile défiant le vent, les vagues et les siècles avec autant d’ardeur et de jeunesse insouciante.

C’est ici que se trouvait autrefois l’ancien et incontournable Tea Room du Pavillon Eden-Roc aux formes arrondies et organiques, rendez-vous des élégantes de la Belle Époque. Il est devenu, au fil des décennies, l’Eden-Roc, probablement le plus célèbre refuge balnéaire de la Côte d’Azur d’exception, symbole du luxe discret et très privé. Il a été et est depuis toujours un repaire solaire des souverains, des artistes, des écrivains, des cinéastes et des plus grands voyageurs. Puis apparaît l’image que le monde entier connaît depuis 1914 : une piscine taillée dans la roche, ni vraiment construite, ni totalement naturelle, comme si la falaise elle-même avait défié la mer en offrant ce bassin suspendu entre ciel et horizon. Au-dessus de l’eau se balance le célèbre portique d’agrès, entre trapèze, corde à noeuds, échelle et anneaux, silhouette devenue emblématique des lieux pour les plus téméraires et les plus audacieux qui, suspendus quelques instants entre le vide et la Méditerranée, s’élancent dans un geste presque acrobatique, comme des gymnastes défiant la mer avant de disparaître dans le bleu profond… Pourtant, malgré sa renommée planétaire, l’Hôtel du Cap-Eden-Roc n’a jamais perdu son âme, il est avant tout une émotion, il est un monde à part, son luxe n’est ni ostentatoire ni tapageur. Il réside dans le silence d’une terrasse au lever du soleil, dans l’ombre bienveillante d’un pin centenaire, dans le parfum des roses, dans le chant des cigales, dans la lumière incomparable d’un soir d’été, mais surtout dans les gestes, les sourires, la chaleureuse simplicité et les douces attentions de ceux qui font vibrer au quotidien cette grande maison. Un lieu où la nature, l’élégance, l’histoire et l’art de recevoir dialoguent depuis plus de cent cinquante ans avec excellence et naturel.

Les débuts d’une légende

Avant d’être l’un des hôtels les plus célèbres du monde, l’Hôtel du Cap-Eden-Roc est d’abord né d’un rêve : celui d’Hippolyte de Villemessant, le flamboyant fondateur du Figaro, qui imagine au milieu du XIXᵉ siècle une demeure baignée de lumière où écrivains, artistes et penseurs viendraient puiser l’inspiration face à la Méditerranée. Il baptise son projet Villa Soleil. Jules Verne et Anatole France comptent parmi les premiers hôtes appelés à séjourner dans ce refuge littéraire.

L’ambition est immense, mais les moyens manquent. Le projet est repris par Paul de Fersen et Alexis de Plestcheyeff, avec le soutien d’investisseurs français. En 1870, le Grand Hôtel du Cap ouvre finalement ses portes, à la pointe du Cap d’Antibes encore sauvage. À cette époque, les visiteurs arrivent par train spécial avant de parcourir les derniers kilomètres en voitures attelées ou parfois à bord des toutes premières automobiles, symboles de modernité. Déjà, le voyage fait partie de l’expérience.

Longtemps simple pension de famille, la maison change de dimension sous l’impulsion d’Antoine Sella. En devenant propriétaire en 1903, ce visionnaire nourrit une ambition : faire du Grand Hôtel du Cap l’adresse la plus élégante de la Riviera. Il entreprend de profonds travaux de modernisation, dotant l’établissement d’un chauffage central, d’un ascenseur et de salles de bains privées, un luxe exceptionnel pour l’époque. La légende raconte qu’un jour, Lord Onslow, aristocrate britannique passionné par les lieux, manque son train. Durant son attente sur le quai, Antoine Sella lui confie ses inquiétudes : sans capitaux, son rêve risque de s’arrêter là. Séduit par sa détermination, Lord Onslow lui remet un chèque suffisamment important pour financer les travaux et lui permettre d’acquérir définitivement l’hôtel. En échange, son épouse, Lady Onslow, ne formule que deux souhaits : voir naître une roseraie au cœur des jardins et qu’un petit mémorial rende hommage à son chien disparu. Deux détails touchants qui illustrent déjà l’âme singulière de cette maison, où les histoires intimes deviennent patrimoine.

Quelques années plus tard, André Sella, fils d’Antoine, fait édifier une élégante aile dominant la mer. Reliée au bâtiment historique par cette majestueuse allée, elle ouvre davantage encore l’hôtel sur le paysage spectaculaire du Cap. La Première Guerre mondiale suspend cette ascension. Réquisitionné par la Croix-Rouge américaine, l’hôtel accueille des soldats en convalescence. C’est en observant les infirmières se baigner au pied des rochers qu’Antoine Sella imagine ce qui deviendra l’emblème absolu de la maison : une piscine d’eau de mer creusée directement dans la roche. Ni tout à fait œuvre de l’homme, ni totalement création de la nature, elle est inaugurée après la guerre. En 1929, une trentaine de cabanes privées viennent compléter ce décor unique, offrant aux hôtes un luxe alors inédit : déjeuner, lire ou se reposer au plus près de la Méditerranée. Dans les années 1930, la Riviera entre dans son âge d’or estival. Une brillante génération d’Américains fortunés, d’artistes et d’écrivains découvre la douceur de vivre de la Côte d’Azur. Gerald et Sara Murphy, Zelda et F. Scott Fitzgerald (installés à la Villa Saint-Louis, aujourd’hui l’Hôtel Belles Rives), réunissent autour d’eux Pablo Picasso, Ernest Hemingway, Cole Porter, Mistinguett ou encore Rudolph Valentino. Ce même F. Scott Fitzgerald, venu en voisin, immortalise cette atmosphère dans Tendre est la nuit, inspiré par cette Riviera où le Grand Hôtel du Cap devient le théâtre d’une élégance insouciante.

Après l’abdication d’Édouard VIII, le duc et la duchesse de Windsor y trouvent également un refuge discret, loin des regards. Puis la Seconde Guerre mondiale interrompt à nouveau cette parenthèse. L’hôtel redevient un hôpital militaire avant de renaître une fois la paix retrouvée. Les années 1950 voient revenir les plus grands noms. Marc Chagall y peint face à la mer. Lors d’un dîner organisé par la célèbre chroniqueuse Elsa Maxwell, Rita Hayworth rencontre le prince Ali Khan. Leur romance fait bientôt la une de la presse internationale et renforce un peu plus encore la réputation du lieu. En 1964, Rudolf-August Oetker et son épouse Maja découvrent l’hôtel lors d’une croisière en Méditerranée. Ils tombent immédiatement sous son charme. Cinq ans plus tard, lorsque Antoine Sella décide de transmettre son œuvre, il choisit la famille Oetker, convaincu qu’elle saura préserver l’esprit de cette maison d’exception.

Depuis lors, chaque rénovation, chaque extension, chaque nouvelle villa ou restaurant s’inscrit dans une même philosophie : moderniser sans jamais trahir. Les photographies de Slim Aarons dans les années 1970 fixent pour toujours cette élégance solaire qui fera rêver le monde entier. Défilés des plus grandes maisons de couture, soirées du Festival de Cannes, nouveaux jardins, restauration minutieuse des bâtiments historiques, aménagement de suites Junior dans le prolongement de l’Eden-Roc… l’Hôtel du Cap-Eden-Roc continue d’écrire son histoire avec la même discrétion. En 2016, la distinction Palace vient consacrer plus d’un siècle d’excellence. En 2020, l’établissement célèbre son 150ᵉ anniversaire. Rares sont les hôtels capables de traverser ainsi les époques sans jamais perdre leur âme. L’Hôtel du Cap-Eden-Roc appartient à cette catégorie exceptionnelle : celle des lieux qui ne suivent pas l’histoire, mais la façonnent.

Cette même légende d’Aujourd’hui

Sur ce domaine préservé de plus de neuf hectares, chaque allée révèle un trésor insoupçonné. La majestueuse allée royale conduit vers l’une des parties les plus romanesques de la propriété : la roseraie historique, autrefois imaginée comme un écrin de verdure chargé d’émotion, qui accueille aujourd’hui le Spa Dior. Un refuge de sérénité où le temps semble suspendu, jusque dans les cabines extérieures installées sous d’élégantes gloriettes, offrant une expérience à la fois intime, apaisante et profondément romantique.

Face à vous, le bâtiment historique s’impose avec splendeur, majestueusement posé sur ses marches témoignant de plus d’un siècle d’élégance et d’histoire. Dans ce décor où la nature règne en maître se nichent une soixantaine de chambres et suites, habillées de teintes azurées, de matières douces et d’une élégance discrète. Ici, aucune ostentation visuelle : chaque détail semble pensé pour laisser la lumière, la mer et le paysage occuper le premier rôle. Au cœur de cette demeure, le bar Bellini dévoile une atmosphère feutrée et lumineuse, délicieusement apaisante. Un lieu où les conversations se prolongent avec grâce, entre cocktails raffinés et douceur des soirées méditerranéennes, dans cette élégance intemporelle propre à l’Hôtel du Cap-Eden-Roc.

Les villas privées offrent une intimité rare, presque précieuse, où le luxe se vit dans la discrétion absolue. Plus bas, les célèbres cabanes en bord de mer réinventent l’art balnéaire dans sa forme la plus épurée, entre élégance naturelle et raffinement décontracté. À l’ombre des pins, le restaurant Giovanni’s, réservé aux clients de l’hôtel, porte le nom de l’un des plus anciens collaborateurs de la maison. Figure emblématique des cabanes privées, il est connu et apprécié de tous, des clients comme des équipes, et accueille cet hommage avec une modestie presque touchante. Ce lieu dévoile une atmosphère unique pour des dîners d’une élégance sans aucune vanité. Ici flotte encore l’esprit de La Comtesse aux pieds nus, ce chic désinvolte où l’élégance ne se porte pas, mais se devine : avançant pieds nus, des conversations qui se prolongent sous les pins et des assiettes dégustées face à la mer où la gastronomie italienne s’exprime dans une simplicité joyeuse, généreuse et conviviale, comme une invitation à retrouver l’essence même des plaisirs vrais.

Le cœur battant de cette expérience gourmande demeure l‘Eden-Roc, bâtiment emblématique aux lignes douces et organiques, tourné vers la Méditerranée comme un élégant pavillon de villégiature. Bercé par une vue spectaculaire sur la mer et sa piscine iconique, il incarne à lui seul l’esprit Eden-Roc.

C’est ici que se déploie une véritable expérience culinaire et de mixologie, pensée pour accompagner chaque moment de la journée : du déjeuner face à la Méditerranée aux dîners gastronomiques, jusqu’aux cocktails signature imaginés dans les différents bars emblématiques du palace. Le Bar du Grill invite à savourer la Riviera dans une atmosphère décontractée, tandis que l’Eden-Roc Lounge, installé sur le toit du pavillon, offre l’un des panoramas les plus spectaculaires de la Côte d’Azur. Sans oublier l’intemporelle Rotonde, ancien Tea Room de la Belle Époque, dont l’élégance feutrée perpétue l’esprit de ces lieux où se retrouvaient autrefois souverains, artistes, écrivains et grandes figures de ce monde.

À travers chacune de ses tables, le chef exécutif Sébastien Broda imagine une cuisine solaire, ouverte sur la Méditerranée, où la justesse du goût prime toujours sur l’effet. Les produits, sélectionnés avec une exigence absolue auprès des producteurs, pêcheurs et mareyeurs de la région, sont sublimés par une maîtrise technique précise, sans jamais perdre leur identité. Chaque assiette devient une rencontre entre la générosité du terroir, la richesse des saisons et l’élégance naturelle de la région. Sa cuisine s’inscrit dans le prolongement de la grande tradition gastronomique française, dont elle conserve la précision du geste et la rigueur technique tout en y insufflant une gourmandise contemporaine. Une cuisine sincère, lisible et profondément généreuse, qui célèbre la mémoire des saveurs tout en regardant résolument vers l’avenir.

Sébastien Broda, l’élégance méditerranéenne d’un chef au sommet

Originaire de Lorraine, Sébastien Broda a construit son parcours entre exigence, transmission et passion du produit. Arrivé très jeune sur la Côte d’Azur, il découvre l’univers de la haute gastronomie et choisit de se former auprès de maisons emblématiques où il se forge une vision précise de la cuisine : respectueuse des saisons, des producteurs et de l’identité des territoires. Après ses premières armes à l’Hôtel Royal d’Antibes, il poursuit son apprentissage dans des établissements prestigieux tels que l’Hôtel Martinez aux côtés de Christian Willer, l’Amandier de Mougins auprès de Roger Vergé, puis au Carlton Cannes auprès d’Alain Parodi. Ces expériences façonnent son approche : une cuisine élégante, généreuse et profondément ancrée dans la culture méditerranéenne. Chef remarqué dès ses premières responsabilités au restaurant Le Jarrier à Biot, où il décroche une étoile Michelin, Sébastien Broda confirme ensuite son talent au Park 45 du Grand Hôtel Cannes. Il y développe une signature personnelle, entre précision technique, créativité et mise en valeur des plus beaux produits de la Riviera. En rejoignant l’Hôtel du Cap-Eden-Roc, le chef écrit un nouveau chapitre de sa carrière. Désormais chef exécutif, il veille à l’ensemble de l’offre culinaire du palace et porte la vision gastronomique du restaurant Louroc, où il exprime une cuisine contemporaine profondément inspirée par la Méditerranée.

Attaché à son territoire, il construit sa cuisine dans un dialogue constant avec les producteurs locaux, les pêcheurs et les mareyeurs de la région : « Je travaille au plus près de celles et ceux qui font vivre notre terroir. Cette relation directe avec les producteurs donne une véritable identité à ma cuisine et permet de respecter le produit dans ce qu’il a de plus juste ». Pour lui, l’excellence ne réside pas uniquement dans la sophistication, mais dans la maîtrise du geste et dans la sincérité de l’approche. « La modernité, ce n’est pas forcément faire plus complexe. Elle peut aussi se trouver dans le retour à des savoir-faire anciens, comme le service au guéridon devant le client où la salle devient un véritable théâtre et où l’artisanat reprend toute sa place. » Sébastien Broda accorde une importance particulière aux cuissons, notamment celles réalisées à la braise, qui apportent profondeur et caractère aux produits : « La braise permet de révéler une autre dimension du goût. Elle apporte une émotion supplémentaire, une chaleur, une profondeur qui racontent quelque chose de vivant. » À travers cette vision, le chef défend une gastronomie où chaque détail compte : la qualité du produit, la précision du geste, l’attention portée aux convives. « La simplicité est parfois la forme la plus authentique et le plus grand luxe. Lorsqu’un produit est exceptionnel, il faut savoir l’accompagner avec justesse et ne jamais oublier l’essentiel. » Entre héritage des grandes maisons, respect du terroir azuréen et recherche d’une émotion contemporaine, Sébastien Broda incarne une génération de chefs qui réinventent le luxe gastronomique avec élégance : une cuisine où la technique s’efface derrière le goût, le partage et l’authenticité.

Les délices du pavillon Eden-Roc

Tout commence par la convivialité du Grill, installé à quelques pas de la piscine et littéralement suspendu au-dessus des flots. Son tout nouveau comptoir à sushis impressionne par la fraîcheur irréprochable de ses créations, tandis que le bar à ceviches, crudos et tiraditos célèbre les poissons de la pêche du jour avec une précision d’orfèvre. Un pavé de thon accompagné de courgettes, fleurs de courgettes, basilic et vieux vinaigre balsamique illustre parfaitement cette cuisine lumineuse, tout comme le tartare de filet de bœuf relevé de caviar, alliance aussi gourmande qu’élégante.

À l’heure du déjeuner, le restaurant Eden-Roc élève encore le niveau de raffinement. L’atmosphère évoque les grandes tables d’autrefois, où l’élégance du service habillé de leur veste blanche participe pleinement au plaisir du repas. Les gestes précis des équipes en salle, les préparations réalisées au guéridon et l’attention portée au moindre détail composent un véritable spectacle, toujours au service du goût. Lors de notre visite, le service s’est montré particulièrement concentré sur l’exécution de chaque tâche, avec une grande rigueur et une réelle maîtrise des gestes. Cette attention portée aux détails semblait toutefois parfois se faire au détriment d’une vision d’ensemble de la salle. Une coordination plus perceptible entre les équipes aurait sans doute renforcé encore davantage la fluidité et l’harmonie du service. Impossible de résister à l’emblématique salade César au homard, préparée devant les convives avec une précision théâtrale, devenue l’une des signatures de la maison. La spectaculaire bouillabaisse, généreuse et fastueuse, célèbre quant à elle toute la richesse de la Méditerranée, tandis que les pâtes à la langouste flambée devant vous offrent une démonstration de savoir-faire aussi gourmande que fascinante. Le célèbre buffet constitue à lui seul une expérience : loin d’être une simple abondance, il séduit par la finesse de ses propositions et la diversité de ses créations : tartares de la pêche du jour, tiradito, petits farcis, tian de légumes, salades composées ou imaginées selon les envies, pâtés en croûte d’exception, pâtes du jour, plateaux de fromages affinés et, bien sûr, les superbes et douces créations du chef pâtissier Tarek Ahamada.

Le soir venu, le restaurant Eden-Roc change de visage et devient Louroc, la table étoilée de l’hôtel. Une métamorphose tout en douceur, où l’atmosphère se fait plus feutrée et où l’univers de Sébastien Broda s’exprime dans toute sa profondeur. Sa cuisine séduit par une apparente simplicité qui laisse le produit raconter sa propre histoire, mais toujours enveloppée d’une gourmandise généreuse. Ici, la Provence est célébrée dans toute sa richesse gastronomique, sans démonstration inutile ni sophistication gratuite. La modernité intellectuelle et les effets de style n’ont pas leur place : tout est sincère, lisible et profondément savoureux. On mange avec un immense plaisir. Ce qui est annoncé dans l’assiette est pleinement ressenti à la dégustation. Chaque création révèle une multitude de détails qui font toute la différence : une herbe fraîche qui apporte un éclat végétal, une texture inattendue, une pointe d’acidité parfaitement dosée ou un jus d’une concentration remarquable. Rien n’est démonstratif, tout est juste et parfaitement à sa place.

La salle, ouverte sur l’infini grâce à ses immenses baies vitrées, se pare de délicates nuances de bleu tandis que les lumières se tamisent progressivement. Le véritable spectacle commence alors : le soleil embrase l’horizon de reflets ambrés et pourpres avant de disparaître lentement derrière la Méditerranée. Puis vient la nuit, ponctuée des lumières lointaines des villas du Cap d’Antibes ou de yachts voguant dans l’infini. Une vie semble s’animer au loin tandis qu’ici règnent une sérénité presque irréelle et une douceur réconfortante. Depuis la terrasse, cette vue suspendue entre ciel et mer demeure l’une des plus belles de toute la Côte d’Azur.

Le menu dégustation raconte avec beaucoup de vérité la personnalité du chef. Ce jour-là, au déjeuner, le chef a souhaité nous faire découvrir un extrait de ce menu de haute volée, habituellement proposé le soir au Louroc en sept services. Pour cette occasion, l’expérience a été revisitée en quatre temps, avant de se conclure non pas par les desserts à l’assiette habituellement imaginés pour ce menu par le chef pâtissier Tarek Ahamada, mais par ses créations proposées au Grill, qui sont de véritables pièces d’art de gourmandise.

Tout commence par deux canapés, comme une première invitation au voyage culinaire :

Palet aux girolles fraîches : les girolles, simplement en fricassée, révèlent toute la profondeur aromatique des sous-bois. Relevées d’une fine persillade, elles s’expriment avec naturel tandis que le palet dévoile une une judicieuse croustillance.

Tarte fine aux saveurs provençales : cette bouchée évoque une ratatouille traditionnelle revisitée avec élégance. Les légumes, encore croquants et pleins de fraîcheur, livrent toute la vitalité du terroir provençal dans une composition fraîche et enjouée.

Les Coquillages raidis et vivifiés au jus de yuzu, caviar impérial de Sologne et huile de livèche ouvrent le repas avec une fraîcheur iodée absolue. La superbe et délicate gelée au visuel cristallin concentre toute l’essence et la vivacité unique de la mer. Elle donne cette impression saisissante que les couteaux et les coques sont pétrifiés sous une fine glace marine, sans jamais tomber dans une exubérance dérangeante. Tout est ici mesuré et parfaitement équilibré. Sur le dessus, la belle quenelle de caviar n’est certainement pas là pour le simple décor, mais bien pour apporter une saveur de noisette, ronde et réconfortante. Le yuzu, quant à lui, vient titiller le palais avec sa vivacité justement maîtrisée, tandis que l’huile de livèche s’exprime par touches avec une franchise végétale remarquable réveillant l’ensemble sans jamais masquer la finesse des coquillages. Les grains de sarrasin soufflés installent enfin la dégustation dans une direction céréalière et croustillante, une texture particulièrement bien pensée et plaisante. Le tout est à la fois délicat, puissant et addictif.

Les Gamberoni juste saisis, tomates, verveine et coco blanc : à nouveau, l’iode fait partie intégrante de cette assiette avec cette crevette des rives italiennes si proches, d’une noblesse infinie. Sa chair nacrée et charnue séduit par sa sincérité et sa délicatesse. Elle s’accompagne d’une présence et d’une instance potagère remarquable : des tomates confites à la douceur acidulée, parfaitement infusées d’un voile de verveine qui apporte ses notes citronnées infinies délivrant un relief d’une subtilité et d’une grande précision. Le coco blanc, travaillé en purée ou conservé en grains claquants, apporte une rusticité élégante qui ancre cette assiette dans une pureté soyeuse. L’ensemble est magistralement imprégné d’un profond jus de têtes, assaisonné de verveine, véritable signature du plat, qui lui confère toute sa grandeur. On retrouve ici une lecture sincère, où les saveurs iodées de la Provence rencontrent celles de la terre dans une harmonie parfaite et touchante.

La Volaille de la Maison Daudet et homard : cette création compose à nouveau un fascinant dialogue entre terre et mer, une identité chère au chef qui aime réunir ces deux univers avec une justesse infinie. Cette suave volaille au beau pedigree, cuite à la perfection sur la peau, conserve tout son moelleux et sa jutosité. Elle accompagne un homard à la cuisson au cordeau, délicatement rafraîchi et sublimé par un judicieux sabayon à l’estragon qui révèle toute sa fraîcheur anisée. Les girolles, simplement sautées, viennent rythmer l’assiette de leur vérité boisée, tandis que le gnocchi à l’estragon apporte une dimension réconfortante, tel un délicat coussin de gourmandise. Le jus, d’une profondeur saisissante, déploie à la fois force, richesse et raffinement. Il provoque en bouche un véritable émoi gourmand, donnant à l’ensemble une ampleur remarquable. La rondeur de la volaille, la noblesse du homard, l’intensité du sabayon, les notes boisées des girolles et la fraîcheur anisée de l’estragon s’entrelacent avec une évidence désarmante. Une cuisine qui évoque les grandes heures de la haute gastronomie française, celle des maîtres comme Georges Blanc ou Paul Bocuse, mais revisitée dans une expression contemporaine, plus fluide et infiniment plus aérienne, tout en respectant l’essence profonde des produits. Une assiette d’une grande générosité, où la puissance des saveurs et la finesse des équilibres font vibrer les sens avec intensité.

Tarek Ahamada, la haute pâtisserie comme un art de vivre

Les desserts sont l’œuvre du très talentueux chef pâtissier Tarek Ahamada, dont le travail irrigue l’ensemble de l’offre sucrée de la maison. Dans l’univers feutré des grands palaces, certains parcours se construisent autour d’une quête permanente : celle du geste parfait, de l’émotion juste et de la beauté éphémère. Celui de Tarek Ahamada appartient à cette génération de pâtissiers qui ne conçoivent plus le dessert comme une simple conclusion, mais comme une véritable expérience sensorielle. Né au Luxembourg et élevé dans le Sud de la France, Tarek Ahamada grandit entre influences méditerranéennes et souvenirs familiaux. Très tôt, il développe un goût pour la précision et le travail de la matière. Avant de choisir la pâtisserie, il se passionne pour l’univers des pierres précieuses et du travail artisanal minutieux : une fascination qui trouve finalement son expression dans la création sucrée, où chaque détail compte et où chaque geste façonne une œuvre unique. Formé aux fondamentaux de la pâtisserie française, il enrichit rapidement son savoir-faire au contact de grandes maisons. Ses expériences chez Hédiard, puis auprès du chef Jean-François Piège chez Thoumieux, lui offrent une première immersion dans l’excellence gastronomique et dans les exigences d’une clientèle en quête d’émotion et de raffinement. Son parcours prend une nouvelle dimension lorsqu’il rejoint les palaces parisiens. Au Park Hyatt Paris-Vendôme, aux côtés du chef pâtissier Jimmy Mornet, il perfectionne sa maîtrise technique et apprend les codes de la haute hôtellerie : précision absolue, régularité, créativité et transmission. Il poursuit ensuite son évolution au Four Seasons Hotel George V auprès de Michaël Bartocetti, où il développe une vision encore plus personnelle de la pâtisserie contemporaine, entre élégance, légèreté et recherche esthétique. En 2024, Tarek Ahamada revient sur les terres méditerranéennes qui ont nourri son imaginaire pour rejoindre l’Hôtel du Cap-Eden-Roc à Antibes. Nommé chef pâtissier exécutif, il prend les rênes de la pâtisserie (à la tête de 25 collaborateurs), de la boulangerie et de la chocolaterie de cette institution centenaire, avec l’ambition d’inscrire ses créations dans l’histoire du palace tout en y apportant sa propre signature.

Pour Tarek Ahamada, la pâtisserie est avant tout une expérience émotionnelle, esthétique et sensorielle. « On mange d’abord avec les yeux » : cette conviction guide chacune de ses créations, pensées comme de véritables compositions où la beauté ouvre le chemin vers la découverte des saveurs. « Je considère chaque dessert comme une création artistique. Avant la première bouchée, il doit déjà transmettre une émotion, éveiller la curiosité et raconter une histoire. » Son inspiration dépasse ainsi largement l’univers gastronomique. Le chef pâtissier puise son imaginaire dans les expositions artistiques, la haute couture, l’architecture et la nature qui l’entoure. « Les volumes, les textures, les couleurs et les lignes sont pour moi autant de sources d’inspiration. Je les observe comme un artiste observe sa matière pour créer une nouvelle expression. » Cette recherche esthétique s’accompagne d’une réflexion profonde sur la pâtisserie contemporaine. Tarek Ahamada explore également les créations végétales et sans gluten pour les clients du palace, non pas comme une contrainte, mais comme un nouveau terrain de jeu. « Ces approches m’obligent à chercher encore davantage l’équilibre, la précision et la justesse des goûts, tout en conservant la gourmandise et l’émotion. »

Entre art, nature et gastronomie, sa pâtisserie devient un véritable langage. Chaque détail compte : la forme, la texture, la couleur, mais surtout l’harmonie entre le visuel et le goût. Une vision moderne de l’art sucré où la technique se met au service de l’émotion, et où chaque création invite à un voyage des sens.

La signature sucrée de Tarek Ahamada au Grill

Pour le déjeuner, Tarek Ahamada nous dévoile l’ensemble de sa vitrine de créations pâtissières imaginées pour le Grill, une collection où chaque dessert raconte une histoire et révèle son approche sensible de la haute pâtisserie.

Parmi les créations proposées, l’interprétation de la Forêt noire revisite un grand classique avec élégance : un biscuit chocolat associé à un crémeux chocolat, un cœur cerise et amande fraîche relevé par une délicate touche de fleur de sureau. L’Éclair s’inscrit dans une partition plus douce et contemporaine, autour de notes lactées et réconfortantes, avec un crémeux lacté associé à un praliné céréales qui apporte une texture gourmande et une belle longueur en bouche.

Avec l’Entremets autour du riz au lait, Tarek Ahamada joue sur la mémoire et l’émotion. Inspiré par les moulures architecturales de l’Hôtel , ce dessert rend hommage à l’histoire du lieu à travers une mousse au riz basmati, un insert riz au lait et un croustillant au riz soufflé. Une création volontairement régressive, qui transforme un souvenir d’enfance en une expérience raffinée.

La Tartelette aux myrtilles sauvages associe l’intensité du fruit à la douceur d’un gâteau au fromage blanc niché en son cœur, tandis que l’Abricot célèbre le fruit dans sa plus pure expression, décliné autour de différentes textures et nuances aromatiques. La Tartelette framboise et estragon, quant à elle, apporte une touche végétale et fraîche, révélant le goût éclatant de la framboise par un jeu subtil d’équilibre.


À travers cette collection, Tarek Ahamada affirme une pâtisserie à la fois esthétique et émotionnelle, où les textures jouent un rôle essentiel. Les crémeux, véritables signatures de son univers, apportent onctuosité et gourmandise, tout en créant, sur certaines pièces, de subtils contrastes avec des éléments plus légers et croquants. Des desserts inspirés par le patrimoine, les produits et les souvenirs, où chaque création raconte une histoire et révèle une quête d’équilibre entre précision technique, émotion gourmande et réinterprétation élégante des grands classiques de la pâtisserie.

Au Louroc, dans le cadre du menu dégustation, le chef pâtissier propose une approche contemporaine, où le dessert devient une véritable assiette gastronomique, comme avec La Rhubarbe, juste pochée, rafraîchie à la fleur de sureau, fraises fraîches, sorbet rhubarbe, croûte de sucre.


À l’Hôtel du Cap-Eden-Roc, la gastronomie dépasse le simple repas : elle devient un art de recevoir, un hommage au patrimoine de la Riviera et une célébration permanente de l’excellence française. Sous l’impulsion de Sébastien Broda et de Tarek Ahamada, chaque expérience culinaire exprime une même philosophie : celle d’une cuisine sincère, inspirée par les produits, les saisons, les savoir-faire et l’émotion, où la tradition se réinvente avec élégance. Un lieu où la nature et la grâce dialoguent depuis plus de cent cinquante ans. Un lieu qui ne ressemble à aucun autre. Et peut-être est-ce là le véritable privilège de ceux qui franchissent ces grilles : avoir, l’espace de quelques heures ou de quelques jours, le sentiment rare d’habiter un rêve. À votre départ de l’Eden-Roc, n’oubliez pas de saluer un autre des plus anciens visages de cette grande maison : le très célèbre Michel. Depuis des décennies, il accompagne l’arrivée et le départ des hôtes avec la même élégance, verve et fierté prenant congé de ceux qui ont fait l’histoire de l’hôtel comme des plus grandes personnalités du monde. À votre tour, laissez-vous offrir ce dernier sourire, devenu au fil du temps l’un des rituels les plus attachants de l‘Eden-Roc.

Pour vivre l’Hôtel du Cap-Eden-Roc autrement : le brunch de l’Eden-Roc

Lorsque la lumière de septembre enveloppe le Cap d’Antibes d’une douceur toute particulière, l’Hôtel du Cap-Eden-Roc dévoile une autre facette de son art de vivre. Face à la Méditerranée, le brunch de l’Eden-Roc invite à ralentir le temps, entre cuisine raffinée, produits de saison et panorama d’exception. Servi à seulement quatre dates (les 13 et 20 septembre, puis les 4 et 18 octobre), ce rendez-vous gourmand est l’occasion de découvrir l’âme de cette adresse mythique dans une atmosphère plus décontractée, sans rien perdre de son élégance. Une belle manière de prolonger l’été, bercé par le bleu de la mer et le charme intemporel de la Riviera.

Hôtel du Cap-Eden-Roc

167-165 Boulevard J. F. Kennedy,

06605 Antibes

Tel. +33 (0)4 93 61 39 01

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