La Table du Cap Estel n’est pas une simple table gastronomique, c’est une destination à part entière. Kévin Garcia, qui a repris depuis une année les rennes des fourneaux de cette maison emblématique, à la fois discrète et presque secrète à l’allure d’une grande villa de milliardaire au bord de mer, signe une cuisine d’auteur inspirée, où chaque produit, qu’il travaille dans un subtil jeu de textures, de températures et d’intensités, devient le cœur d’un profond récit émouvant.

Une nouvelle histoire pour Le Cap Estel
Kévin, cet Alsacien au parcours hors du commun qui incarne désormais la nouvelle garde de la gastronomie azuréenne, n’est pas arrivé par hasard au Cap Estel. Son arrivée est le fruit de la vision d’Elizabeth Moraglio, directrice de cette magnifique maison, qui, après le départ de Patrick Raingeard, ne recherchait pas simplement un nouveau chef, mais une nouvelle façon de faire vivre l’expérience gastronomique. Son intuition a été de construire cette expérience autour d’un duo en parfaite osmose : celui d’un couple dont les sensibilités se répondent et s’enrichissent mutuellement. Une approche qui rappelle les grandes maisons étoilées où la salle et la cuisine dialoguent en permanence, portées par deux personnalités fortes et complémentaires. Chacun révèle le talent de l’autre, donnant naissance à une expérience plus intime, plus authentique, plus chaleureuse et profondément sincère. Car au Cap Estel, on ne partage pas seulement une assiette, on partage une histoire, une vision, une émotion : « J’avais envie de cette marque, de cette identité qui apporte une véritable fibre humaine en duo, avec cette idée simple : au Cap Estel, on ne vient pas seulement dîner, on est reçu chez eux ! »

C’est la rencontre d’Elizabeth Moraglio avec Kévin et Mathilde qui sera déterminante. Dès les premiers échanges, elle perçoit l’évidence de ce couple : deux personnalités complémentaires, animées par la même passion et la même vision de l’hospitalité. Elle comprend alors qu’ils sont les parfaits ambassadeurs de l’esprit qu’elle souhaite insuffler à cette adresse mythique de la Riviera : une maison où la cuisine, la salle et l’humain ne font qu’un.



Avant de rejoindre le Cap Estel, Kévin a marqué les cuisines de la Tour Eiffel où il a contribué, aux côtés du chef Frédéric Anton, à l’obtention de la deuxième étoile du restaurant (lire l’article précédent). À ses côtés travaillait déjà sa compagne, Mathilde Sahli. Ensemble, ils forment un véritable binôme, en parfaite harmonie, où la complicité personnelle nourrit une vision commune de la gastronomie. Poussés par l’envie d’ouvrir un nouveau chapitre et de relever un défi à la hauteur de leurs ambitions, ils ont choisi de quitter Paris pour rejoindre le Cap Estel. Une opportunité unique de façonner l’identité culinaire de cette institution de la Côte d’Azur et, pourquoi pas, de lui offrir à son tour les deux étoiles qui semblent aujourd’hui à portée de main. Ils ne sont pas venus seuls. Dans leurs bagages, ils ont entraîné deux fidèles collaborateurs : Laura Busnel, Maître d’hôtel à la Tour Eiffel**, et Apolline Le Men, sous-cheffe, elle aussi issue de cette prestigieuse brigade. Un quatuor soudé qui partage les mêmes exigences, la même culture du détail et la même quête de l’excellence.

Tous les ingrédients semblent réunis pour écrire un nouveau chapitre de la grande histoire du Cap Estel. L’établissement, acquis à la fin de l’été dernier par la Financière Agache (le holding familial de Bernard Arnault), ouvre une nouvelle page de son histoire. Très engagé dans l’hôtellerie de luxe, le milliardaire français a fait de ce secteur l’un des piliers de son développement. À travers LVMH, il possède déjà quelques-unes des signatures les plus prestigieuses au monde, parmi lesquelles Belmond, Cheval Blanc, Bulgari Hotels & Resorts, sans oublier sa participation dans la marque ultra-exclusive Orient Express, développée aux côtés du groupe Accor.
Le Cap Estel s’inscrit parfaitement dans cette vision d’un luxe rare et confidentiel. Niché sur une presqu’île privée de plus de deux hectares entre Nice et Monaco, l’établissement cultive une discrétion devenue presque introuvable sur la Côte d’Azur. Il ne compte que vingt chambres et suites, deux restaurants — la table gastronomique et Le Ficus (à la cuisine solaire et conviviale de partage avec son four Josper pour les grillades au bord de la piscine), un spa, deux piscines, dont une spectaculaire à débordement semblant se fondre dans la Méditerranée, une plage privée, un court de tennis et, surtout, un emplacement absolument unique, suspendu au-dessus de la mer, sans le moindre vis-à-vis.





Cette acquisition ne marque pas une rupture, bien au contraire : l’ambition est de préserver l’âme singulière de cette maison tout en l’accompagnant avec subtilité. Une nouvelle décoration pour le restaurant, quelques suites supplémentaires, des améliorations ciblées pour les espaces de vie… autant d’évolutions pensées avec mesure, sans extension immodérée ni transformation spectaculaire, afin de conserver ce qui fait l’essence même du Cap Estel : un lieu d’exception où le luxe s’exprime avant tout par l’espace, le silence, l’intimité et une hospitalité profondément sincère.
L’univers ciselé et gourmand de Kévin Garcia
C’est avec une précision d’orfèvre et une maîtrise technique remarquable que Kévin Garcia façonne une cuisine où chaque détail compte. Dans un équilibre subtil entre finesse, émotion et créativité, il révèle avec justesse l’essence profonde du monde végétal et animal. Profondément contemporaine, son approche s’inscrit dans l’héritage de la grande gastronomie française tout en ouvrant une nouvelle voie, notamment à travers des sauces d’une modernité éclatante : des créations à la fois délicates et incisives, où la profondeur des goûts se mêle à une irrésistible gourmandise.





Le chef propose deux menus, en 5 et 7 temps.

L’expérience débute avec une série de canapés étincelants et délicats :
Millefeuille de pomme de terre, tartare de bœuf et caviar Osciètre de la maison Kaviari : le croustillant généreux de la pomme de terre ouvre la dégustation avec gourmandise, le fumé se déploie en fines volutes, présent avec justesse sans jamais prendre le dessus. Le gras du bœuf trouve un écho dans la salinité délicate et les nuances de noisette du caviar, dont le claquant des grains apporte relief et précision, le tout est d’un bel équilibre, qui s’étire dans une savoureuse finale persistante.

Tomate confite, pain rôti à l’ail : tendre, amoureusement confite, cette tomate s’exprime de toutes ses fascinantes facettes, entre l’acide, le vinaigré, le sucré, le moelleux, le claquant et bien évidemment le juteux. Une bouchée parfaite et familière, presque instinctive, qui convoque le souvenir de la plus simple et de la plus addictives des salades de tomates. Le pain rôti à l’ail, gourmand et généreux, rappelle ce morceau que l’on laisse volontairement avec malice pour la fin, afin qu’il s’imbibe de la vinaigrette assouplie de l’eau de végétation des tomates. De cette petite pièce, tous les sens sont en émois.

L’Artichaut, sauce tiède de bagna cauda à l’anchois : un clin d’œil aux traditions de la Riviera revisité avec une grande délicatesse, l’artichaut s’exprime ici dans toutes ses dimensions terriennes, sublimé avec un raffinement infini. Servi sur une élégante fourchette-pic, il se déguste en une bouchée : farci d’une crème d’artichaut onctueuse et accompagné de pétales délicatement frits, l’ensemble se plonge dans une crème d’artichaut tiédie à la flamme, relevée en filigrane par la profondeur saline de l’anchois. Une interprétation qui élève cette tradition rustique au rang de mets d’une grande suavité tout en conservant son âme profondément réconfortante.



Tartelette yaourt de brebis, radis rose et basilic : cette fine tartelette vient conclure la série des canapés sur une note de fraîcheur. La douceur lactée du yaourt de brebis s’équilibre avec le caractère vif et légèrement vinaigré du radis, tandis que le basilic apporte une touche aromatique délicate. C’est à la fois rafraîchissant et appétant, préparant idéalement le palais à la suite du repas.

Puis, en pré-entrée, servi directement dans sa carapace, arrive le Crabe et son émulsion iodée. Dès la première bouchée, le palais est instantanément transporté sur un marché aux poissons ou devant un généreux plateau de fruits de mer dégusté en vacances. Reviennent alors en mémoire ces tourteaux savourés avec une simple mayonnaise, ces instants insouciants où l’on s’applique, tel un spéléologue des crustacés, à dénicher au pic la moindre parcelle de chair nichée dans les pattes. Chaque trouvaille est une petite victoire, aussitôt célébrée d’un plongeon dans une mayonnaise éclatante, avant de s’en lécher les doigts. Tous ces repères familiers sont ici réinterprétés avec une grande finesse. L’émietté de crabe bleu, espèce désormais invasive sur nos côtes, voit sa fraîcheur sublimée par une délicate gelée d’eau de mer et une émulsion iodée d’une formidable souplesse, à la fois aérienne, soyeuse et intensément marine, qui a cette gourmandise et le réconfort d’une mayonnaise maison. L’accord, telle une vague déferlante, est d’une grande justesse et inonde le palais d’un plaisir intense.


Le service du pain s’enrichit d’une huile d’olive réalisée sur mesure par l‘Huilerie Saint-Michel, dont l’infusion à la criste marine des Jardins du Cap Estel prolonge avec subtilité l’identité végétale et maritime de la cuisine du chef.


Les Poissons de Roche, Soupe safranée, Fior di Mascarpone, Herbes & Fleurs du jardin : visuel haute couture pour ces poissons de roche, taillés au cordeau avec la minutie d’un maître japonais. Ils dialoguent en parfaite harmonie avec cette cuillère à la blancheur lactée du mascarpone, mise en relief par les herbes et les fleurs du jardin. La soupe safranée déverse ses volutes fumantes et ses intenses saveurs touchantes, venant aviver avec pertinence cette assemblée. À nouveau, derrière cette belle sophistication, affleurent les marqueurs d’une tradition profondément rustique : celle de la soupe de poisson fumante qui réchauffe le voyageur auprès de l’âtre, de ce premier bol chaud, réconfortant et accueillant qui ouvre le repas. Dès la première cuillère, la dégustation s’avère incroyablement dynamique et surprenante, tant par les herbes et les fleurs (persil, estragon, menthe et fleur de fenouil), qui apportent chacune leur identité et leur vivacité entre l’amer, le vif, le frais et le poivré, que par les textures : ce rouget confit vibrant de vie, cet encornet claquant par la justesse de sa cuisson et cette crevette des sables frétillante. Les croûtons frits au beurre et la pomme de terre confite donnent de leur personne et sont eux aussi aussi de la belle partie. En final, le mascarpone vient lier de sa rondeur lactée cet écosystème marin et végétal. C’est à la fois subtil, puissant et terriblement enivrant.


La Bonite fumée, Raifort frais, crème de riz torréfié & Caviar Osciètre : la bonite fumée touche les sens et la gourmandise au plus haut point. Elle se livre en deux dimensions, deux intentions, dans un parfait jeu de textures et de températures. D’abord, une suave et terriblement captivante émulsion de crème de riz torréfié. On comprend instantanément la signification du mot umami. Avec la délicatesse sensuelle d’un chawanmushi (ce flan japonais au dashi, cuit à la vapeur), l’iode s’exprime ici avec une infinie subtilité, on plonge la cuillère avec avidité dans cette association de bienfaiteurs, tandis que le caviar Osciètre vient l’assaisonner de sa touche noisettée, si iconique. Sur le côté, dans l’esprit d’un sushi, la bonite, simplement fumée puis délicatement laquée à la criste marine, repose sur une fine tuile de riz croustillante et aérienne, véritable évocation du riz à sushi métamorphosé en une dentelle légère et craquante. Le raifort fraîchement râpé, tel un wasabi, vient électriser l’ensemble d’une vivacité saisissante. Le passage du chaud au froid, du fondant au craquant, compose un jeu de textures et de températures parfaitement assumé, aussi fulgurant que jubilatoire. Un plat sublime, profondément déstabilisant de bonheur, dont on ne ressort pas indemne.


Le Gamberoni mariné, consommé de Tomate à la Vanille & Basilic, puis Snacké, sabayon au vinaigre de Fraise & Estragon : à nouveau, le produit noble est au cœur du sujet. Ici, le gamberoni, cette crevette emblématique de la Riviera italienne que l’on ne présente plus, est travaillé également en deux façons et en deux températures. La version chaude révèle toute la générosité de sa chair et de son gras si caractéristiques, snacké avec une grande précision, il est accompagné d’une déclinaison de fraises fraîches, d’estragon, d’un sabayon au vinaigre de fraise qui fait littéralement frissonner le palais, ainsi que d’un beurre de crustacés émulsionné, sirupeux et infiniment voluptueux. Les deux sauces se rencontrent et, dans leur dialogue, en créent une troisième, d’une harmonie époustouflante. L’ensemble est à la fois puissant, doux, enveloppant et infiniment accompagnant, sans jamais éclipser la délicatesse du crustacé. La partie froide propose un gamberoni simplement laqué, accompagné de citron caviar, de basilic et d’une eau de tomate cristalline parfumée à la vanille et au basilic. La vanille y délivre une fausse impression de douceur qui se révèle finalement astringente et d’une grande pertinence, tandis que le citron caviar rouge vient éclater en bouche d’une acidité bienfaitrice. Une nouvelle variation tout en rythme et en profondeur, qui accompagne le produit avec justesse et prolonge cette impression d’une cuisine sensible d’une grande maîtrise.


La pêche du jour au naturel, Escabèche à l’huile de Menthe, Amandes fraîches et Pollen de l’Estérel : la pêche du jour, ce soir-là, fut une céleste sériole dans son plus simple et essentiel appareil, simplement badigeonnée d’huile d’olive, mais sublimée par une cuisson, elle aussi céleste, qui préserve une chair à la fois tendue, fondante et d’une finesse suprême. La sauce tomate qui accompagne, travaillée en escabèche, est celle des souvenirs de l’enfance, de ces goûts marquants que l’on croit parfois oubliés et que l’on aime retrouver dans un plat comme une belle surprise qui réveille les sensations. L’Escabèche, cette cuisson-marinade ancestrale, emblématique des rivages espagnols, où le vinaigre insuffle toute sa vivacité (l’escabèche, littéralement « ragoût de vinaigre ») apporte une dimension à la fois vive et profonde. Un clin d’œil aux origines familiales du chef, dont les racines plongent dans les Asturies, cette terre iodée, battue par les vents et fouettée par les vagues de l’Atlantique. Cette sauce, concentrée et profonde, s’infuse d’une huile de menthe qui lui apporte une fraîcheur intensément vivifiante, les amandes fraîches, croquées avec le pollen de l’Estérel, offrent éclat, relief et une subtile astringence végétale. C’est une véritable concentration de tomate rôtie et vinaigrée qui révèle toute l’intensité de ce goût familier et épaule la sériole avec magnificence. Loin de toute monotonie, l’ensemble est appétant, percutant et d’une remarquable dynamique. Une assiette engagée et identitaire.

Pour saucer ce jus sans pudeur et avec ardeur, le plat s’accompagne d’un pain léger, évoquant une fougasse, servi avec une huile d’olive infusée à la criste marine.

Le Boeuf à la braise, Aubergine confite au Guanciale, fumée aux Algues, jus corsé & vieux Balsamique : ce bœuf au joli pédigrée, issu de la race jersiaise de la Ferme des Belles Robes (Nouvelle-Aquitaine), est saisi à la braise puis délicatement fumé aux algues. Sa cuisson, à la fois croûté, fondant et juteux, subtilement fumé en verdures marines des algues, force à nouveau l’admiration. Il s’accompagne d’une déclinaison d’aubergines fumées, en caviar et confite, accompagnée d’une subtile tranche de guanciale, le tout se nourrit avec force et grande instance d’un jus de viande réduit et attisé de la douceur velourée d’un balsamique de 20 ans d’âge. Les notes sont profondes et caressantes, presque japonisantes dans une intensité ensorcelante.

Ris de veau caramélisé, Plin au Robiolino & Ail des ours, Morilles au Vin jaune : le ris de veau, brillamment caramélisé, juste rosé en son coeur et encerclé de profondeur d’une réduction d’un jus de viande, s’extasie de plaisir de ses voisins, les raviolis del plin. Ces très gourmands raviolis pliés, tels des coussins, qui claquent en bouche, attisent assurément toutes les excitations avec leur cœur coulant de robiolino, ce fromage italien de douceur lactée et de caractère affirmé. Ils se subliment dans la volupté d’une sauce aux morilles et au vin jaune que l’ail des ours vient cadencer de sa signature végétale unique : une fraîcheur sauvage, des notes d’ail finement dessinées et une énergie printanière qui vient réveiller la profondeur des sous-bois, tandis que le croquant des pignons de pin vient apporter éclat et relief. On retrouve ici les saveurs d’autrefois de la grande gastronomie française classique, mais dans une lecture résolument contemporaine. C’est la gourmandise d’hier et sa générosité retrouvées, associées à un raffinement, une précision et une vivacité d’aujourd’hui. L’ensemble est alors sensuel, troublant et profondément aimant.

Le chariot de fromages rend hommage aux racines alsaciennes du chef à travers une remarquable sélection signée Bernard Antony, l’immense « affineur-éleveur » de fromages installé à Vieux-Ferrette, en Alsace, non loin de Mulhouse. Formé par le maître fromager Pierre Androuët, qui lui transmit les secrets de l’affinage, Bernard Antony ouvrit sa première cave dans l’ancienne ferme familiale, aujourd’hui, six caves se nichent derrière la vieille bâtisse à colombages où une petite équipe veille avec patience sur la lente maturation de fromages d’exception. Sa sélection est devenue une référence absolue et se retrouve sur les plus grandes tables étoilées de la planète. Ici, elle célèbre toute la diversité des terroirs français : des grands classiques aux raretés régionales, en passant par un délicat chèvre frais de l’arrière-pays niçois. Une magnifique traversée des paysages fromagers de France, où chaque pâte affirme son identité, son terroir et sa personnalité.


Au final, la partition sucrée signée par Vincent Delhomme (lire l’article précédent) conclut ce grand moment de gastronomie avec finesse et sensibilité.

En transition entre le monde salé et le monde sucré, la Pomme Granny Smith, céleri et Misho ouvre un véritable sas gustatif. Ce génial et bienfaiteur jus détox de céleri, pomme et gingembre, au caractère affirmé, vient nettoyer le palais et le redynamiser avec une savoureuse perspicacité. Le sorbet à la pomme Granny Smith apporte une rondeur acidulée, fraîche et vivifiante, tandis que le cédrat, le citron caviar et le rare agrume japonais Misho insufflent leur éclat et leur tension cristalline, incisive et vibrante. La transition est brillante et s’inscrit pleinement dans la même fibre vivante, végétale et résolument moderne que celle qui a guidé l’ensemble du repas.

La Fraise, vinaigrette à la Criste Marine, Fenouil célèbre la sincérité du fruit à travers une déclinaison de fraises Ciflorette fraîches puis déployées dans une vaillante vinaigrette. La glace au yaourt apporte sa fraîcheur lactée, subtilement avivée par un gel de citron qui dynamise l’ensemble. Une petite réserve cependant concernant le fenouil. Nous aurions aimé le voir s’exprimer différemment, moins affirmé dans la brutalité de sa crudité et de sa mâche, peut-être très légèrement blanchi ou délicatement confit afin d’exalter davantage sa douceur naturelle et sa fibre anisée. À défaut, une vinaigrette plus expressive aurait pu porter la composition avec encore plus de relief. L’ensemble n’en demeure pas moins un dessert à la fraise de belle valeur, sincère, frais et délicatement construit. Il ne lui manque qu’un supplément d’audace pour atteindre une émotion encore plus marquante.

La Vanille, crème au Caramel, Vanille de Tahiti, Lait & crème de Riz est une véritable ode à la gourmandise. Glace à la vanille de Madagascar, crème caramel parfumée à la vanille de Tahiti, espuma de riz au lait… tous les marqueurs du dessert régressif sont réunis. Le visuel de cet espuma dégoulinant de joie, léchant intensément cette sculpturale gavotte, est particulièrement séduisant. Tout est bon et bien vu. Ce dessert donne envie d’aller encore plus loin dans l’indécence gourmande, dans cette forme de « food porn » assumée, et surtout dans cette intensité des souvenirs : un caramel enveloppant ce monde de riz, de crème et de lait. L’idée serait que chaque cuillère devienne une véritable surenchère de plaisir. Tout est là pour atteindre une forme d’extase gustative. Juste un petit supplément, un petit pas pour en faire un très, très grand dessert autour de la vanille.

Enfin, le Citron d’Èze givré, infusion Feuilles & Fleurs, granité Champagne referme le repas avec une formidable élégance. Un crémeux citron au fond du verre, un sorbet citron, un granité au champagne et une infusion des feuilles et des fleurs de citron que l’on déguste en parallèle viennent atténuer la sucrosité du dessert tout en prolongeant sa fraîcheur. Une conclusion excellente, en parfaite osmose avec l’esprit de la cuisine du chef, tout comme l’était le brillant prélude constitué par le bouillon détox de céleri et de Granny Smith.


En salle, Laura Busnel, Maître d’hôtel qui connaît parfaitement la cuisine de Kévin pour avoir déjà exercé auprès de lui à la Tour Eiffel, orchestre ce ballet avec beaucoup d’élégance, un grand professionnalisme et une incroyable acuité. Elle raconte les plats avec passion et justesse, avec cette capacité rare à transmettre leur histoire et surtout leur émotion. Elle partage cette belle intention de faire plaisir, cette volonté sincère d’accompagner chaque convive avec attention et générosité, à l’image de toute l’équipe qui contribue à faire de ce moment une véritable expérience.


La carte des vins témoigne de la dextérité et de la passion de Clément Michel-Mainot, récompensé cette année par le Prix Éloquence lors du Gault&Millau Tour PACA, Monaco-Corse. Particulièrement lisible, elle conjugue avec justesse des domaines de vignerons pointus et des références incontournables aux côtés de grandes étiquettes. Pensée pour s’adresser aussi bien aux connaisseurs les plus exigeants qu’aux amateurs en quête de repères, elle séduit également une clientèle internationale. La Provence y occupe naturellement une place de choix, avec une sélection de véritables pépites mettant en lumière la richesse du vignoble régional. L’offre au verre constitue l’un des points forts de la carte avec une large sélection de vins de belle stature proposée dès les premières pages, favorisant une lecture fluide et un choix accessible. Des cuvées prestigieuses sont également disponibles au verre, offrant l’opportunité de découvrir de grands vins dans un esprit de plaisir et de partage. Pour les accords mets et vins, Clément a volontairement sélectionné de nombreuses références afin de disposer d’un vaste terrain de jeu. Cette diversité lui permet de proposer des accords précis et inspirés, en parfaite harmonie avec la cuisine du chef et l’évolution de ses créations.





La Table du Cap Estel de Kévin Garcia s’impose comme l’une des expériences les plus marquantes et engagées de la Riviera. Inspirée, identitaire et profondément singulière, elle dévoile une vision moderne de la haute gastronomie de demain, parfaitement en harmonie avec ce lieu tout aussi unique qu’est le Cap Estel. La Table est désormais une adresse de référence, à ne surtout pas manquer, pour vivre un moment suspendu, vibrant et profondément mémorable.
Menu en 5 temps 215€ – Menu en 7 temps 250€
Accord mets et vins : 5 verres 10cl 120€ – 7 verres 8cl 160€ – Accord sans alcool 5 verres : 70€ et 7 verres 90€


Vivre autrement le Cap Estel
Le Cap Estel, qui peut paraître si privé et inaccessible, se révèle aussi dans des moments de simplicité et de convivialité. C’est notamment le cas au Ficus, la seconde table de la maison, où l’on découvre une généreuse cuisine méditerranéenne et provençale, ensoleillée et portée par la précision du chef Garcia. Des beignets de fleurs de courgettes aux barbajuans, sans oublier les crudos et les salades de saison, mais également de belles pièces de viandes et de poissons cuisinées au feu de bois, chaque assiette célèbre une cuisine authentique et savoureuse. Elles se dégustent sous l’immense Ficus, à quelques pas de l’infini bleu de la piscine à débordement plongeant sur la mer. Une expérience plus décontractée, où l’élégance du lieu s’exprime autrement, entre authenticité et douceur de vivre.

Cette philosophie se prolonge également dans une dimension artistique avec « Les Nuits Dime On » : dans une volonté de faire découvrir autrement cette adresse exceptionnelle, la directrice Élizabeth Moraglio a imaginé ce festival, estival et musical, dans les jardins. Une invitation à dépasser la seule expérience gastronomique, au rythme d’une programmation artistique éclectique réunissant cette année notamment Alex Francis, Élodie Frégé, James Emmanuel, Charles Doré, Anwar, Annie Lalalove et Michelle David & The True-Tones. Ces soirées débutent au choix par un dîner dans l’une des deux tables de la maison ou par des tapas à savourer dans les jardins avant le concert. Accompagnées d’une ambiance jazz band avant et après les performances, elles proposent une immersion différente : plus ouverte, plus vivante, entre musique, élégance et magie des nuits d’été version Cap Estel.


“Les Nuits Dime On” du 26 juin au 28 Août 2026.
312 Avenue Raymond Poincaré
06360 Èze-Bord-de-Mer
Tel. +33 4 93 76 29 29


