Voilà bientôt un an que le Café des Musiciens a ouvert ses portes, pour le plus grand plaisir des gourmets de cet élégant quartier des Musiciens. En effet, cette partie résidentielle de Nice, avec ses immeubles majestueux au charme meringué Belle Époque, manquait sérieusement d’une jolie table de proximité.
Portée avec passion et sincérité par Charlotte Léon et Christopher Edwards, couple à la vie, comme à la scène culinaire, tous deux, et rien que tous deux, font de cette adresse un lieu de simplicité, gourmand et vrai.

L’histoire de Christopher et Charlotte
Originaires de deux horizons différents, Christopher, Australien, et Charlotte, champenoise, se sont rencontrés à Londres il y a un peu plus de vingt ans. À l’époque, Charlotte gère un pub et recrute Christopher, fraîchement arrivé d’Australie. Elle le place en cuisine : une décision qui allait changer le cours de leur vie.
Très vite, leur histoire professionnelle devient aussi une histoire d’amour. Ensemble, ils parcourent l’Écosse puis l’Angleterre, évoluant au fil des années dans l’univers de la restauration et de l’hôtellerie. Pour Christopher, la cuisine n’était pourtant pas une vocation évidente : son rêve initial était de devenir ingénieur du son, bien loin des fourneaux et des couteaux. Mais les rencontres marquantes avec plusieurs chefs, qui l’ont guidé et conseillé tout au long de son parcours, lui permettent de découvrir peu à peu sa véritable passion.
Quelques années plus tard, le couple s’installe en Australie. C’est là que Christopher connaît un véritable déclic en travaillant auprès du chef anglais Philip Whitmarsh au Lochiel House Country Inn, près de Sydney. Réputé pour sa cuisine de terroir raffinée, à mi-chemin entre gastronomie et esprit gastro-pub, ce mentor joue un rôle déterminant dans son parcours. Son approche exigeante, sa créativité et son profond respect du produit marquent durablement Christopher et nourrissent sa passion pour le métier. Aujourd’hui, Philip Whitmarsh est à la tête des cuisines du restaurant Jewel of the South à La Nouvelle-Orléans, établissement reconnu au sein de la scène gastronomique internationale et associé à l’un des bars figurant parmi les prestigieux World’s 50 Best Bars. Une rencontre décisive qui conforte Christopher dans son envie de faire de la cuisine bien plus qu’un métier : une véritable vocation.


L’aventure les mène ensuite en France, à Paris. Christopher y affine son savoir-faire dans plusieurs néobistrots avant de prendre les rênes du Saint Sébastien, adresse emblématique du 11ᵉ arrondissement, haut lieu du bobo-fooding. Il y développe une cuisine sincère et précise qui lui vaut notamment le titre de « vice-champion du monde » de l’œuf mayonnaise en 2022.
De son côté, Charlotte construit un parcours riche et éclectique : après plusieurs années dans la gestion de pubs et l’hôtellerie haut de gamme, elle évolue comme assistante de direction, office manager et responsable administrative auprès de Start-up, mais aussi dans les univers du luxe, de la mode et du recrutement spécialisé en finance et marketing. Ces expériences lui apportent une solide expertise en gestion, organisation et relation client.
Au fil des années, une idée s’impose naturellement : créer ensemble leur propre établissement. Autodidactes, passionnés et toujours en quête de nouveaux défis, ils partagent la même vision de l’hospitalité et du bien manger. En 2023, ils se sentent enfin prêts à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale.
L’aventure d’une table de quartier au soleil
L’appel du soleil, la richesse des produits méditerranéens et l’envie de changer de cadre les conduisent à Nice. Leur ambition est claire : proposer une véritable table de quartier, conviviale et authentique, mettant à l’honneur les producteurs locaux et une cuisine simple, généreuse et sincère. Un lieu vivant, comme on en trouve encore trop peu selon eux. Le hasard fait parfois bien les choses. Après avoir trouvé leur appartement dans le quartier des Musiciens, ils apprennent qu’un ancien sulfureux bar à cocktails, devenu ensuite café, se libère dans la même rue. Une évidence. Ils saisissent l’opportunité et donnent naissance à leur projet : une adresse à leur image, chaleureuse, engagée et profondément ancrée dans son quartier.





À la carte, des recettes traditionnelles niçoises et françaises, dans un esprit bistrotier, parfois subtilement twistées, qui apportent ce petit supplément qui fait mouche et qui touche.
En salle, Charlotte reçoit ses convives comme elle le ferait chez elle : avec chaleur, simplicité et bienveillance. Chaque client est accueilli comme un ami que l’on est heureux de retrouver. Dès le seuil franchi, on ressent cette atmosphère intime et authentique qui fait toute l’âme du lieu. Ici, pas de chichis ni de prétention, encore moins de prise de tête : simplement le plaisir sincère de recevoir, le sourire, la générosité et l’envie de faire passer un bon moment à chacun. La recette du lieu est claire : trois entrées, trois généreux plats, trois desserts, renouvelés aussi souvent que possible, avec, le samedi, une entrée et un plat supplémentaires pour enrichir l’offre, et surtout un tarif très juste… Quoi demander de plus ? Le Michelin ne s’y est pas trompé en leur accordant en moins d’une année un Bib Gourmand.

Pour commencer, les Panisses bien de chez nous, et pourtant un peu différent dans leur forme, ici en carré, ce qui leur apporte une texture, bien plus fluffly, tel un coussin, ils s’instillent du romarin et du très pertinent gel de citron : parfait pour l’apéro accompagné d’un pastis ou d’un Negroni exécuté avec attention.

Puis, bien évidement on se régale des primés Oeufs mayo, et on comprend bien pourquoi : on reste ébahis, de la maitrise de la cuisson du jaune, juste prisé, presque encore coulant et celle du blanc qui a cet aspect coagulé figé. Cette mayonnaise maison s’instille de l’huile fumée au bois d’olivier (qui vient des hauteurs de Nice donné par un client), engage par sa saveur voluptueuse. On en redemande sans peur et sans pudeur !

La Terrine de cochon aux pistaches et figues au cognac : est plus que joyeuse et savoureuse en bouche, sa cuisson entre rosée et tendue, délivre ce côté gourmand des belles terrines, les pickles de fenouil balancent justement la dégustation.

La Bresaola : dans sons plus simple appareil est de belle origine et s’épanoui à merveille du chou rave en fine rémoulade. C’est joyeux et efficace à partager ou à garder pour soi.

En plats, les Tripes aux olives ont la finesse de leur caractère affirmé. Adoucies, arrondies du Parmesan, elles engagent une assiette en équilibre aux saveurs subtiles qui allie aussi bien les amateurs convaincus que les plus frileux. Fondante, elles s’enrobent de la sauce tomatée d’une pointe sucrée qui fait plaisir. Les olives viennent quant à elles réveiller l’ensemble par leur vivacité saline.

Le Sauté d’agneau vit sont printemps des claquants petits pois et du cime di rapa et s’orientalise totalement des saveurs épicées qui le rapproche de celles d’un couscous.

Le Poulpe, d’une cuisson judicieuse, se cadence de la fraîcheur anisée du fenouil et de la moelleuse et fricotante salade Athéna mêlant pommes de terre ratte du Touquet cuites dans un bouillon aromatique, olives et herbes fraîches. Une assiette estivale, ensoleillée et pleine de saveur sudistes.

La Tarte fine au chèvre frais et courgettes de Nice est la proposition végétarienne de la carte du jour. Sur le papier, l’association a tout pour séduire, entre la douceur du chèvre frais et la délicatesse des courgettes locales, mais ce soir là, elle s’est toutefois montrée moins convaincante : une cuisson un peu poussée avait asséché l’ensemble. Un petit couac qui peut arriver, d’autant plus lorsque l’on mesure l’exploit de tenir seul derrière les fourneaux et d’assurer un service complet.

En dessert, le Riz au lait à la cannelle fait mouche : crémeux et réconfortant, il est délicatement relevé par des raisins marinés au petimezi, un sirop de raisin grec obtenu par la lente réduction du moût qui développe de subtiles notes caramélisées. Traditionnellement utilisé dans la confection des moustokouloura, il apporte ici une belle profondeur aromatique. Un dessert simple, savoureux et parfaitement dans l’esprit méditerranéen de la maison.

Les pets-de-nonne, ou nuns’ farts comme aime le traduire avec humour Charlotte auprès de ses clients étrangers dans ses « crazy French names », sont aussi appelés « beignets de vent » ou « soupirs de nonne ». Selon la légende, ils seraient nés dans les cuisines de l’abbaye de Marmoutier, lorsqu’un incident aussi sonore qu’inattendu impliquant une novice fit éclater de rire la communauté et provoqua la chute involontaire de pâte à choux dans une friture. Une autre tradition en attribue toutefois la paternité aux chanoinesses de l’abbaye de Baume-les-Dames, réputées pour leur talent pâtissier. Derrière leur nom facétieux se cache une bouchée légère, croustillante et terriblement addictive.

La carte des vins, certes courte, est bien pensée et judicieusement choisie, en accord parfait avec l’esprit du lieu.
Le Café des Musiciens est cette adresse de quartier dont on est fier, à deux pas de chez soi, où l’on revient autant pour la proximité que pour une cuisine sincère, gourmande, simple et sans esbroufe, servie avec chaleur et bienveillance. Un sans-faute évident : celui des lieux qu’on ne “découvre” pas seulement, mais qu’on adopte pour longtemps.
Menus Déjeuner (du lundi au vendredi, hors-jours fériés) : Entrée + Plat + Dessert : 30€ – Entrée + Plat ou Plat + Dessert : 26€
Carte – Entrées 7 à 13€ – Plats 21 à 28€ – Desserts 8€
Ouvert du mardi au vendredi pour le déjeuner et du vendredi au samedi pour le dîner.

Café des Musiciens
13 avenue Auber
06000 Nice
Tel : 04 83 93 84 12


