Après le Rouge, le Vert prend d’assaut la place Garibaldi sous l’impérial étendard du Napoléon, ce qui n’est certes pas un hasard à cet emplacement. Cette mythique place, à l’origine place d’armes, a eu en un siècle après sa création en 1773, de nombreuses vies et titres : elle a été populaire en place Pairolier, royale en place Victor-Emmanuel, révolutionnaire en place de la République, impériale en place Napoléon, avant de se nommer définitivement « Place Garibaldi » en 1870.

Gautier et Alexandra, couple à la vie et sur la scène gastronomique, formés sous les casseroles d’un certain Yves Camdeborde dans son institution germanopratine Le Comptoir, se sont fait connaitre des niçois gourmets en ouvrant Rouge (lire l’article) : table du bien manger et du bien boire en franche convivialité. Pierre Nimzilne, quant à lui, vatelien de formation, est passé sous les ors de l’Hôtel Matignon en tant que Chef de rang du cabinet Ministériel à ceux du Palace bruxellois Le Métropole, puis à Chef de Rang à Rouge, il est désormais Directeur et associé au Napoléon. Pour Alessandro Giaconia, qui officie en cuisine, après avoir tenu son établissement à Villefranche-sur-Mer, il est passé par les fourneaux de Rouge et de La Table Marine à Nice. Tous les quatre, non pas comme des mousquetaires mais tels des grognards associés de la gourmandise, vous emportent avec Le Napoléon dans la Grande Armée des plaisirs canailles délicieusement franchouillards et presque oubliés.


Voilà, une table qui manquait terriblement à Nice et qui vous plonge en toute simplicité, mais vérité, dans l’ambiance et l’esprit des grandes brasseries parisiennes ou de ces bistrots de Paname où l’on joue du coude à coude en toute gourmandise pour savourer des plats de grands-mères comme la blanquette de veau, se réconforter de la générosité d’une gratinée à l’oignon ou se faire rudement plaisir d’une belle Andouillette et sa rallonge de A… Bref, une cuisine de vie, de la belle « bouffe » qui ferait vibrer sans complexe un Bernard Blier et ses tontons flingueurs. A Napoléon, on se tape la cloche et on aime ça! La carte change au gré des envies de saisons. Tout comme à Rouge, les fournisseurs sont judicieusement sélectionnés : Jean-Charles Orso pour les légumes locaux, Eric Ospital, roi du bon cochon, Michel Fiori artisan boulanger niçois, Maison d’Aqui pour les Panisses ou les Barbajuans, sans oublier le Pâté en croûte de la Maison jurasienne Bolard.


Tout commence par les oubliées de la cuisine française aux juteuses guiboles : les Cuisses de grenouilles en persillade. Ici, on y va franco de la fourchette et des mains, on suçote en cadence avant de faire trempette du quignon dans cette assemblée beurre-ail-persil.

Les Oeufs mayo, quant à eux, ont retrouvé de la ferveur et du sacre et ont même depuis quelques années leur championnat du monde. Ces oeufs, parfaitement enveloppés de leur camarade de jeu l’onctueuse mayonnaise, justement moutardée sans monter au nez, se gobent presque sans raison. La sucrine légèrement brulée à la flamme et les pickles de chou sont la touche pimpante-vinaigrée et verte qui fait du bien. La nouvelle carte met en avant les tout aussi séduisants et old school Oeufs mimosa.

Les Couteaux gratinés ont la justesse de cuisson, la panure vient cadencer d’une fine croustille en mesure et le jus est le petit plus.

En saison, la Tarte à la tomate est telle une savoureuse tartine de tomates gorgées de soleil et gratinée de fromage. Efficace et joyeux.

La Saucisse purée qui a belle allure est celle qui courtise les papilles avec ardeur. On découpe, on tranche, on sauce et on fait des rigoles avec le jus. C’est ça le bonheur!

Le Jarret de porc confit : ce cochon au beau jarret se snacke à la dernière minute, il est parfois un tantinet sec, un tantinet gras, un peu comme la vie. Mais on aimerait bien un petit jus en concentré pour lui donner du plaisir. Ce jarret, pour la nouvelle carte automnale, s’acoquine de moelleuses et claquantes lentilles.

Le Magret de Canard, a choisir entier ou en demi, se fait bombance, il est rôti-caramélisé au miel et vinaigre balsamique. La cuisson est juste de la demande, mais il peut montrer de la résistance et du nerf au couteau.

Pour ceux qui n’ont pas peur de prendre l’eau, les poissons n’ont pas froid aux yeux et ont des choses à dire, comme par exemple la noble et classique Sole Meunière ou encore l’Aïoli Provençal qui s’accompagne de ses petits copains en tradition : bulots, crevettes, calamars et moules, sans oublier courgettes, carottes, et le duo poireaux-pommes de terre, quant à la sauce aïoli, elle chante de son accent aillé. Tout y est !

Pour l’inégalable et addictif Gratin de Coquillettes, Jambon blanc, Comté, on aurait envie de dire « touchez pas au grisbi » à l’arrivée de cette assiette qui chamboule. Les cuillères petites ou grandes, les fourchettes se mettent instantanément en action et ne cessent de plonger avec conviction. Une totale et primitive régression alors vous envahit.

Les desserts balancent dans la catégorie des souvenirs gourmands de l’enfance, entre la Brioche perdue, praliné, mascarpone, le Riz au lait ou le Gâteau au chocolat.


La carte des vins est axée nature avec ses à côtés.
Vous serez reçu par Pierre qui vous accueille avec professionnalisme et chaleur, Nicola Scoccia en salle sera de toutes les attentions avec un sens du détail et une expertise rare.

La lumineuse salle, qui s’ouvre sous les arcades de la place, regorge de détails historiques napoléoniens entre miroirs de style, cadres des mouchoirs d’instruction militaire, impériales abeilles et la grande fresque de l’artiste niçois Frédéric Genovese #FredZ cadence la salle de l’anachronisme d’un Napoléon sur son fier destrier arborant un portable entouré des habitants du quartier. En saison ou aux beaux jours d’azur, la terrasse a des airs de fêtes et de guinguette chic.









Le Napoléon est la nouvelle adresse qui manquait à Nice pour s’encanailler sans complexe où on mange avec sérieux, générosité et tradition, sans pour autant se prendre au sérieux.
Entrées 9 à 25€ – Plats 17 à 48€ – Desserts 6 à 16€ –
Ouverts tous les jours en continu de 8h à 0h00 – Petit-déjeuner: De 08:00 à 11:00 – Restauration: De 12:00 à 22:30 en continu – Happy Hour : De 16:30 à 19:30
6, place Garibaldi
06000 Nice
Tel +33 6 62 64 53 22


